Ce fut une surprise pour moi. Dans un métier bien policé, où règne généralement le calme parfois le luxe et plus rarement la volupté, on a parlé de scandale. Et pas qu’une fois. Plus surprenant encore, je me suis retrouvé au milieu de ces soubresauts, qui ont fait dire à l’un des journalistes qui m’interrogeait, que notre métier prenait de la valeur puisqu’il pouvait faire du buzz…

De quoi parle-t-on ? De l’appel d’offres de France Culture pour renouveler son habillage d’antenne. Le buzz est, je le crois, venu de nombreux compositeurs indépendants qui ont été heurté des conditions financières et juridiques de ce concours. Avec plus on moins de sous-entendus, certains m’ont accusé de rester silencieux alors qu’en qualité de leader du design musical, je devrais, selon eux, porter la parole du métier et veiller à l’éthique de ce genre de consultations. Silencieux voulant dire complice, je voyais parfaitement dans quel genre de rôle on voulait m’enfermer. Tout d’abord, je ne suis pas resté silencieux. J’ai eu avec la direction de France Culture, et singulièrement avec Olivier Poivre d’Arvor, son Président, des échanges francs et directs que je n’ai pas souhaité rendre publics pour ne pas gêner le travail légitime qui s’était engagé. Maintenant que le temps des dépôts des dossiers de candidature est clos, je peux m’exprimer plus librement.

Je crois fermement que le changement souhaité par Olivier Poivre d’Arvor est légitime mais surtout nécessaire. Il souhaite engager l’antenne dans une évolution très marquée auquel un habillage ne peu échapper. A ceux qui pensent que l’identité sonore que nous avons créée ne mérite pas la poubelle, je dis que sa valeur sert l’antenne et trace la voie pour la génération d’après. Sans doute y aura t il une forme de lien entre le nouveau son et celui que l’on entend encore à l’heure actuelle. Lequel, je ne sais pas. En tous cas, je crois qu’il est prématuré de parler de reniement avant d’avoir entendu le résultat du travail en cours.

Ensuite, à ceux qui pensent que les conditions financières et juridiques sont inadmissibles, je dis qu’il appartient à chacun de faire des contre-propositions. Lorsque nous avons remporté la mission d’habillage de l’antenne il y a 5 ans, j’ai clairement fait savoir à la direction de France Culture de l’époque comme à Radio France que le cadre financier et juridique, tel qu’il était présenté par eux, ne correspondait pas à ce qu’une agence comme Sixième Son pouvait accepter. La proposition que j’ai faite alors a permis à chaque partie de préserver ses intérêts, tout en respectant les aspirations légitimes réciproques. Selon les mots même de la direction de France Culture à l’époque, la qualité du travail de Sixième Son valait bien cet “aménagement”.

Enfin, je conclurai ce paragraphe sur le buzz France Culture par quelques mots à destination de ceux qui se sont dits les plus choqués. Qu’ils se rassurent. Depuis que j’ai créé Sixième Son, depuis que nous avons développé ce concept d’identité sonore et de design musical, nous en avons vu des choses choquantes. Le monde de la communication est parfois attaché à beaucoup de mauvaises habitudes en matière de son. Coté budget comme coté droits, certains se trompent lourdement non seulement sur ce qui est possible, légal ou pas mais également sur ce qui est souhaitable pour leur propres intérêts ! Mon sentiment personnel est simple : je crois qu’il est contreproductif de jeter la pierre à qui que ce soit, de le faire de façon véhémente voire insultante. Il faut, avec patience et détermination, expliquer que l’on ne fait pas une bonne identité sonore avec 2€ et qu’une cession gratuite ou illimitée de droits n’est pas légale, peu importent les circonstances. Je rajouterai qu’il est difficile d’être un bon pédagogue tout en avançant masqué. Je regrette en effet qu’une part importante de ce buzz ait été alimenté par des posts sur des blogs signés de pseudonymes plus ou moins drôles, plus ou moins outranciers. Cet anonymat, qui permet souvent des propos déplacés, ne permet pas un dialogue serein et constructif. Il ruine souvent la crédibilité des propos, même ceux que guide le bon sens le plus élémentaire. Là encore, pensons pédagogie.

Cette pédagogie est une clé essentielle que ceux qui ont à cœur la réussite de notre discipline doivent user sans modération. Les vrais scandales sont ailleurs.

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