Musique de pub : Do you vraiment speak english ?

le 13 septembre 2013

L’exploitation de musique commerciale en publicité présente de nombreuses anomalies. L’actualité me donne cette fois l’occasion de parler d’un sujet qui révèle le décalage grandissant entre ceux qui conçoivent les publicités et ceux qui les regardent : l’exploitation de chansons en anglais dont on feint d’oublier les paroles.

Prenons l’exemple de ce produit chocolaté qui exploite une bande son britannique dans laquelle une voix à peine pubère raconte sans ambages l’histoire d’une ado à qui une coucherie précoce ne déplairait pas. Vous trouvez qu’on commence fort – mais c’est fort.

Bruno Mars ne chante-t-il pas « Your sex takes me to paradise » dans une chanson reprise par une célèbre marque de produits électroniques ?

Plus soft mais non moins problématique, cette marque télécom qui exploitait le cultissime « Many Rivers to Cross » pour valoriser ses services de communication facile et low-cost. Chanson qui parle de cette « solitude qui ne me lâchera pas ». Super quand on fait l’apologie de la conversation téléphonique ! Le débat est assez simple : comment peut-on en arriver là ?

Il y a trois explications concomitantes.

La première vient de la conviction profonde et affichée de professionnels qui sont absolument certains que personne n’écoute les paroles ou à défaut ne les comprend. La deuxième explication vient du processus même de sélection des musiques. On cherche des ambiances, des atmosphères puis la tendance et le mood.

En cherchant la couleur on en oublie le message.

C’est un peu comme celui qui regarde le papier peint de si près qu’il n’en voit pas le motif obscène.  Les paroles ne sont pas un sujet pour eux. Enfin, la troisième explication découle du timing souvent déraisonnable dans lequel se fait la sélection. Il n’y a pas de garde-fou possible pour un sujet qui ne figure pas au planning.

Alors, finalement, est-ce un problème ? Indubitablement.

La jeune génération ne regarde plus la télé mais compose sa TV sur Youtube et les séries en anglais non sous-titrées font carton plein. Et ça ne va pas s’arrêter là. L’anglais n’est pas une langue étrangère, c’est la langue d’un univers, d’une culture que la jeune génération – mais pas seulement elle – partage comme elle partage le reste. Tout le monde parle de ces candidats de 16 ou 18 ans dans The Voice, qui chantent en anglais avec un accent quasi parfait alors qu’il font des fautes de français à foison quand le beau Nikos leur tend un micro.

Ignorer les paroles en pub génère d’abord de la moquerie sur Facebook, sur Twitter, sur Youtube…

L’autre conséquence, moins spectaculaire mais plus destructrice, c’est le message qui loupe un peu sa cible par manque de cohérence, par une parole qui parasite ou crée de la confusion. Finalement, c’est rassurant, l’oreille est faussement sélective. La musique, ça rentre facilement, mais les paroles aussi. Quelle incroyable découverte. Dites le autour de vous. Les mots ont un sens, même dans une langue étrangère. Incroyable, non ? A bon entendeur…

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