Lorsque j’ai débuté dans la communication, lorsque j’ai créé Sixième Son, je regardais des listes et des listes de noms. Je n’en connaissais aucun. Je regardais où ces gens travaillaient, je prêtais attention aux marques. Parmi ces noms figuraient des gens enviables. Cette liste, c ‘était celle des directeurs de la communication des grandes entreprises françaises. Parmi ces noms, il y avait peut-être ceux de mes futurs clients. Parmi ces marques, une avait un parfum différent des autres. C’était la FNAC.

Lorsque j’ai débuté, la FNAC était sans doute l’une des plus belles marques françaises et son directeur de la communication, l’un des professionnels les plus enviés. Souvenez-vous. A cette époque-là, on vendait des tas de vinyles et de livres. On ne parlait pas encore du Net, en revanche on ne cessait de parler du CD dont l’apparition faisait souffler un vent nouveau sur le monde de la musique. La FNAC était le lieu où ça se passait : les expos, les conférences, les dédicaces les plus courues.

J’ai eu la chance de travailler pour cette FNAC-là. Grâce à François-Henri Pinault, qui me recommanda auprès d’une femme de grande qualité, Christiane Rhein, qui gérait la communication de l’époque. Grâce à Anémone Berès, alors directrice générale de FNAC Junior qui avait « déniché une pépite nommée Sixième Son ». Et grâce à Nathalie Diraison, une formidable jeune femme qui deviendra une amie.

En 1999, je créais avec Olivier Aude l’identité sonore de la FNAC. Un contrat important, dont nous étions fiers et qui durerait 13 ans ! Finalement, ce fût l’apothéose et le temps de la grandeur avant une longue et douloureuse descente aux enfers de l’enseigne culturelle. Je savais qu’un jour je recevrais cette lettre, ce recommandé qui mettrait fin à tant d’années de collaboration. Nous avons bien sûr tenté de trouver une solution avec le service achats. Mais comme me l’a alors dit mon interlocuteur, aussi sympathique qu’embarrassé, «ça commence à sentir le sapin ici ».

En 1999, le service communication de la FNAC comptait une douzaine de collaborateurs et un chargé de communication par magasin. Vingt ans plus tard, les choses ont bien changées. La FNAC va de plan social en fermeture de magasin. Mon beau-frère compare l’enseigne à Darty « avec les livres en plus ». Mes plus jeunes collaborateurs ne savent pas s’il y a une Fnac à côté de chez eux, pour moi c’était pourtant un repère.

Pourtant, la FNAC a un avenir parce que la culture a un boulevard à emprunter. La culture est dématérialisée, elle se diffuse mieux qu’avant et la technologie relie le créateur à ses publics avec rapidité et efficacité. Ce n’est pas le plus important. La vraie chance de la FNAC et de la culture est ailleurs. Le stress, les tensions sociales, la violence croissante de sociétés minées par l’individualisme et la peur des autres, tout cela ne pourra se résoudre sans une plus grande connaissance intra-culture et un accès mieux partagé à celle-ci. Je ne suis pas naïf, ça ne suffira pas, mais ça ne marchera pas sans ça. Une foule inculte et autocentrée est largement plus manipulable que celle qui a connaissance de l’histoire, de l’art des siens et des autres. Par les temps qui courent, c’est une évidence qu’il n’est pas inutile de rappeler.

 

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