Edito Printemps

le 28 avril 2014

Pour qui a des enfants, se pose presque inexorablement un jour la question douloureuse du traitement… des poux. Il y a quelques jours, j’ai assisté à une discussion intéressante entre ma pharmacienne et une maman visiblement stressée.

Quand je dis accro, je veux dire que si j’interdisais à mon fils de prononcer le mot « foot », on ne l’entendrait presque plus. Il parle des maillots, des joueurs, des hymnes et des stades. Pour résumer, Théo, 7 ans, est fan du PSG, de l’OGC NIce, des Bleus, de Messi et de Ronaldo. Il me demande si Pelé, Platini et Zidane ont déjà joué avec Ibrahimovic et à quelle heure on va regarder le premier match de la coupe du Monde qui aura lieu… dans 4 mois.

Avec ses copains, c’est pareil. Dès qu’ils le peuvent, c’est rendez-vous au square pour taper dans la balle.

 

La mise en scène est bluffante : chacun a son maillot fétiche, on se serre la main avant de débuter et on s’embrasse comme des pros quand on marque. Ça, c’était avant le drame.

Samedi dernier, Théo et son copain Louis remontent dépités après un match au parc de la Mairie.

–          « Papa, on s’est fait écraser par le Brésil »me dit Théo.

–          « Ah bon et vous vous étiez qui ? » osais-je demander.

–          « Ben, la France, M’sieur. Théo, c’est Valbuena et moi j’suis Matuidi » précise Louis.

–          « Allez les gars, c’est la loi du sport. Parfois on perd, parfois on gagne. »

–          « Papa, Louis et moi on sait qu’on ne va jamais gagner. Si tu ne fais rien, toi, la France n’a aucune chance. Aucune. Jamais.»

Si le mot pesant a un sens, alors sachez qu’à ce moment précis, le silence qui s’ensuit l’est intensément.

Après avoir pris chacun une grande inspiration, Théo et Louis se lancent dans une analyse très personnelle de l’enjeu essentiel d’un match de foot.

–          « Papa, on est sérieux. T’as déjà chanté la Marseillaise avant un match ? Ça t’aide à gagner la Marseillaise,  toi ? »

–          « M’sieur,  d’abord le foot ce n’est pas la guerre, on n’est pas là pour se tuer, on n’a pas d’armes. Le rythme, il n’est pas sympa, c’est lourd et ça ne met pas la pêche. Personne n’a envie de danser et de s’éclater avec la Marseillaise. Et puis, les paroles, on n’y comprend rien. Ça ne dit pas « Il faut gagner, on est les meilleurs, Vas-y !» Ça dit qu’il faut « Former des pâtes à ions», c’est nul ! »

–          « Ouais ! Alors que le père de Gaspard, il est arrivé avec de la musique brésilienne et tout le monde a voulu danser, tout le monde voulait devenir brésilien, tout le monde a soutenu les brésiliens. Alors tu ne crois pas qu’il serait temps de faire quelque chose pour ton pays, Papa ? »

Quel ingrat ! Quel traître ! Dire que je me vautre depuis bientôt 20 ans dans un design musical  mercantile alors que mon pays a besoin de moi pour briller au firmament de l’univers footballistique. J’appelle Raymond.

–          « Allo, Monsieur Domenech ?! Je vous présente toutes mes excuses. Les défaites en Afrique du Sud, toute ces humiliations, tout était de ma faute, mais là, je vais me rattraper. J’appelle Didier Deschamps, pour prendre le brief… avec Théo, avec Louis, avec Gaspard.

Allons Enfants…

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