J’ai un rapport singulier au sommeil. Je ne m’en doutais pas. Je pensais que tout le monde était comme moi. Il semblerait que non.

Voilà. J’adore dormir mais j’aime encore plus ne pas dormir. Je ne suis jamais plus heureux que lorsque pour diverses raisons je me réveille vers 3h ou 4h du matin et que j’ai la nuit pour moi.

Plusieurs choses me lèvent la nuit. Les dents de la petite dernière, les cauchemars ou les fièvres de sa grande sœur. Il y a aussi les voyages où je me lève à 3h, qu’importe que mon train ne soit qu’à 7h ou mon avion à 8h. Il y a surtout les idées qui, une fois entrées dans la tête, jouent au billard à mille bandes et ne laissent pas d’autre choix que de leur donner la priorité. Il y a enfin les nuits écourtées sans raison, juste l’envie de se lever et de se saisir de la nuit.
Ça commence toujours de la même façon. Je mets la machine à café sur ON et je vais faire un tour dans le jardin – le temps que la machine ait chauffé. Ensuite, un expresso serré, l’ordinateur qui quitte son mode veille et moi qui m’allume. Les idées qui viennent entre 3h et 6h30 sont celles qui ont besoin d’un calme absolu, ce sont les idées rebelles, les idées à rebrousse poil, celle qui ont besoin que l’espace soit moins encombré pour se frayer un chemin. Ce sont les idées que j’aime, celles qui me réconcilient le plus avec moi-même.

Je suis un créateur, un créatif, dans l’âme et dans le sang. Je le suis par indépendance d’esprit, par esprit de contradiction, par soif d’exister, par conviction aussi. Je crois que rien ne se compare véritablement à rien, que chaque défi est unique, chaque pari créatif différent de tous les autres. Il y a forcément une part de rébellion dans tout cela. C’est déjà là une vraie source d’inspiration. C’est une méthode de travail. C’est un mode de vie aussi. Ma femme ne s’en réjouit pas tous les jours, je vous l’assure.

Ces nuits là m’ont sauvé plus d’une fois. Quant les journées passées à recherche une direction différente pour la musique de la RATP me laissaient largement sur ma faim. Quand nous tournions en rond à la recherche d’une signature AXA qui ne nous offrait pas le grand soir. Sauver n’est pas un trop grand mot. L’échec créatif est insupportable quand il pointe son nez. Je ne parle pas du fait de plaire ou de déplaire, de “gagner” ou pas. Je parle de ce piège permanent que le rebelle pose à lui-même. “En es-tu capable au fond ?”

Ces nuits là sont des nuits de bonheurs intenses, qu’elles soient fertiles ou non. Elles ne servent parfois qu’à traiter les 150 mails auquel je dois répondre. Elles offrent la chance de lire lui de 3 pages que l’on ne lit jamais. Bien sur, quand elles apportent sur un plateau doré l’idée qui grattait à la porte et dont le bruit m’avait fait me lever, j’en ressens une immense joie, une immense gratitude aussi.

Je remercie la nuit de m’offrir une journée de plus. Celle qu’en dormant je n’aurai pas vécu et jamais rattrapé.

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